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L'Ayahuasca dans le traitement de la dépendance

Ainsi s'ouvrent les horizons du lendemain…

L'ALTÉRATION DE LA CONSCIENCE DANS LE MONDE MODERNE

A travers l'histoire, l'être humain a fait preuve d'une conduite basique qui s'est maintenue à travers le temps, survivant à toutes les cultures. Nous parlons ici de la recherche constante d'états modifiés de conscience. Cette conduite ne se présente pas comme un type de déviation, mais au contraire, il s'agit d'une conduite basique naturelle observable également chez les animaux et nécessaire pour obtenir un élargissement de la conscience comme moyen d'évolution naturel.

Ce comportement naturel à l'espèce humaine est pratiqué constamment par tous les êtres humains, souvent de manière inconsciente. Cette recherche constante d'une modification de nos perceptions et sensations, est complètement naturelle et nécessaire pour l'évolution, c'est pourquoi nous ne devons pas nous sentir étrangers à ce comportement mais au contraire, nous devons tenter de nous identifier à lui pour pouvoir mieux le comprendre.

Si nous jetons un regard sincère sur le monde moderne, nous voyons que, quotidiennement nous prenons divers médicaments que ce soit pour nous calmer ou nous stimuler. Nous avalons des médicaments pour dormir, des calmants pour la douleur, divers stimulants chimiques ou naturels, des tranquillisants pour nous apaiser, du chocolat, des liqueurs, du sucre raffiné, du thé, de la bière, des friandises, des tonnes d'anxiolytiques, etc.

Parallèlement, un autre genre d'altération de la conscience se produit de manière constante par le biais de l'abrutissement audiovisuel continu. Des millions de personnes s'abrutissent quotidiennement en consommant à haute dose la télévision, la radio, le téléphone, l'ordinateur, le chat, le bavardage incessant, la poubelle audiovisuelle, les propagandes, les revues, les romans, etc.

Ainsi, la dame avec son roman, le mari avec ses cigarettes, le fils avec sa radio à fond, l'étudiant avec son café, sa voisine avec ses calmants, l'alcoolique avec sa boisson, le dépendant au travail, l'enfant avec sa console nintendo, l'obèse avec ses friandises, les amis avec leurs bières, tous, d'une manière ou d'une autre, participent consciemment ou inconsciemment à un acte commun : ils modifient leur état de conscience en altérant leurs perceptions par l'introduction d'un élément extérieur susceptible de changer leur perception du moment.

Nous expérimentons quotidiennement une altération de notre état de conscience d'une manière naturelle lorsque nous dormons, pendant les rêves. C'est également ce qui se produit lorsque nous faisons l'amour, pendant l'orgasme ou quand nous pratiquons un sport qui nous conduit à maintenir un effort physique atteignant la limite de notre capacité.

Il existe également une série de pratiques comme la méditation, la danse, le Tai Chi, la récitation de mantras, la prière et la contemplation religieuse, qui peuvent nous introduire dans ces états de conscience contemplatifs altérés.

En somme, de nombreuses situations conduisent l'être humain à briser son schéma mental et perceptif et à pénétrer dans des " mondes " dans lesquels les références changent totalement, laissant ainsi apparaître une conscience plus large.

Cette intensité ne se manifeste pas toujours suite à une amplification de la stimulation, mais également sous forme de privation, par le biais d'une absence totale de stimulation. La musique modifie la conscience autant que le silence total, le mouvement frénétique autant que l'immobilité parfaite, la saturation visuelle autant que la pleine obscurité.


Dans le cadre de la méditation Vipassana, " l'Adhitthana " est une technique qui engage le méditant à ne pas bouger pendant une heure. Ceci induit un état de conscience altéré très particulier, propice à une profonde méditation. Il est à souligner que les animaux ne perdent aucune occasion d'altérer leurs perceptions. S'ils se trouvent par hasard en présence d'une quelconque substance psychoactive, ils la consomment et ont tendance à la consommer à nouveau délibérément.

Ce comportement est observé chez la quasi-totalité des espèces. L'être humain a découvert certaines plantes psychotropes, grâce à l'observation du comportement animal. C'est ainsi qu'en Abyssinie, on a découvert le café après avoir constaté que les chèvres devenaient très excitées après en avoir consommé.

Selon Josep Ma. Fericgla, la pierre angulaire de notre conscience est sa grande capacité à faire la distinction entre des milliers d'états de conscience différents.
" Nous cherchons constamment à ressentir, d'une certaine manière, différents états de conscience car c'est une façon de nous sentir plus stables. Si nous nous maintenons dans un seul état de conscience, très lié au monde extérieur, très ouvert, durant une période prolongée, nous avons peu d'inter-relation intérieure et cela nous conduit à ressentir une instabilité ". (" Métaphores, conscience, ayahuasca et psychothérapie ", Dr. Josep Ma. Fericgla. Article publié sur Internet :http://www.pangea.org/fericgla/textos/metafora.htm)

L'USAGE ANCESTRAL ET CONTRÔLÉ DE SUBSTANCES PSYCHOTROPES

S'il est avéré que dans un contexte occidentalisé, nous cherchons tous confusément et le plus souvent de façon inconsciente, à modifier notre conscience ordinaire, dans les sociétés traditionnelles et les cultures ancestrales, les individus manifestent une manière organisée de modifier les perceptions habituelles au moyen d'une manipulation contrôlée de rituels et de techniques qui s'accompagnent souvent de l'usage de substances psychotropes, lesquelles les conduisent à explorer d'autres niveaux de réalité, sans que cela implique un quelconque état de dépendance comme on peut en voir dans les sociétés modernes.

Nous pouvons constater que le savoir ancestral sait comment bénéficier des modifications d'états mentaux sans préjudice, sans séquelle à long terme. La connaissance du Chamanisme démontre une grande aptitude à manier les altérations de la conscience basées sur l'usage de psychotropes sans provoquer la moindre dépendance. La toxicomanie est absente des cultures traditionnelles alors que les modificateurs de conscience sont amplement utilisés.

Ces plantes sont toujours utilisées dans un contexte rituel avec une dimension religieuse, mystique, curative. Ce sont " les plantes des dieux " (" Flesh of the Gods : The ritual use of Hallucinogens ", Peter T. Furst. Praeger, 1972) ou l'aliment des dieux.

Le facteur déterminant qui conduit la société moderne à développer une crainte vis-à-vis de l'adoption d'une pratique ancestrale d'altération de la conscience qui implique un usage responsable et contrôlé d'une substance psychoactive est le manque d'information et la relation automatique avec le concept de " drogue ". Dans notre société moderne, l'usage indistinct et non ritualisé de diverses substances psychoactives nous a conduit à un rejet instantané d'une quelconque substance contenant un composant psychoactif.

LES DROGUES ET LA DÉPENDANCE

Concepts de Drogue et de Dépendance

Dans le monde occidental, il existe une incroyable confusion entre les concepts de " drogue " et de " dépendance ". D'un point de vue scientifique, le mot drogue fait référence à toute substance ayant des effets sur la physiologie, c'est un synonyme de médicament. Cependant, le mot drogue utilisé dans un contexte populaire se réfère de façon erronée à une substance susceptible de provoquer une dépendance.

Cette dépendance se manifeste par une dépendance croissante à la substance, laquelle doit être consommée dans des quantités et à des fréquences toujours plus élevées. Le fait de ne pas consommer entraîne un syndrome de manque avec malaises physiques et psychologiques que seule une nouvelle dose de cette substance peut apaiser.

Ce type de dépendance est étroitement lié à la consommation de substances comme la cocaïne, la pâte basique de cocaïne, la morphine, l'héroïne… mais en confondant ou en mettant systématiquement en relation le concept de drogue avec celui de dépendance, nous confondons dans un même mot - " drogue " - des substances à accoutumance comme la pâte basique avec des substances enthéogènes ne provoquant pas d'accoutumance, comme l'Ayahuasca.

La synergie de la dépendance

La dépendance est produite par une synergie interactive entre trois éléments : une substance, un consommateur et un contexte. Aucune substance ne peut être à elle seule à l'origine d'une dépendance. Le facteur le plus important se trouve dans le contexte, dans l'intention du consommateur.

Substance - contexte
La cocaïne, dans le cadre d'un contexte curatif, sert d'anesthésiant dans le traitement, tout comme la morphine est un puissant sédatif. Le tabac est considéré par les indigènes comme la principale médecine indigène.

Le contexte de consommation de la marijuana chez les prêtres hindous est complètement différent de celui utilisé par les jeunes d'aujourd'hui, qui fument avec une intention de jeu et d'évasion. Encore à l'heure actuelle, la marijuana est utilisée dans le traitement du glaucome, le syndrome du Sida et pour adoucir les effets secondaires de la chimiothérapie.

En outre, il existe une variété de substances consommées dans des contextes inappropriés mais tolérées comme " drogues culturelles ", comme l'alcool, le tabac, le café, le sucre raffiné, les médicaments corticoïdes, les anxiolytiques, etc.

Malheureusement le contexte dans lequel les jeunes de notre société approchent la consommation de substances psychoactives est, presque toujours, un contexte ludique - récréatif ou évasif. D'autre part, il existe des approches dans des contextes thérapeutiques, religieux et de recherche intérieure qui apportent des résultats très encourageants pour la société. Ainsi, selon le contexte, une même substance peut permettre à l'être humain de progresser dans sa vie ou de régresser.

Substance - consommateur
D'autre part, le degré de toxicité d'une substance est étroitement lié à la dose ingérée par le consommateur. Ainsi, le venin d'une guêpe peut provoquer des réactions toxiques à l'état pur mais à hautes dilutions, il peut servir à soigner une personne d'un cadre similaire à l'intoxication. De même, si l'alcool est une drogue potentielle, personne ne confond la consommation religieuse dans le cadre de la messe chrétienne et une beuverie dans une fête de quartier.

En dehors du degré de toxicité de la substance en elle-même, nous pouvons affirmer que, par exemple, la toxicité est haute chez les plantes opiacées, lesquelles peuvent tuer d'un arrêt respiratoire par overdose, de même que la cocaïne peut tuer par arrêt cardiaque. Dans le cas de la marijuana et des drogues visionnaires, celles-ci ne sont pas considérées comme drogues toxiques et aucune mort par overdose n'a été enregistrée.

Les substances ont été regroupées en quatre groupes, classés par ordre croissant sur une échelle de " risques relatifs de dépendance " : LSD, psilocibine et caféine - marijuana - Heroïne et nicotine - Cocaïne et amphétamines. (" Drug policy : Striking the right balance ", A. Goldstein & H. Kalant., Science. 1990)

Dans l'inter-relation substance-consommateur existe également une variable importante qui est le degré de réceptivité physique du consommateur à la substance. Le lait de vache peut intoxiquer progressivement une personne qui présente des carences en lactases (caractéristiques de certaines races) et dans d'autres cas, être la base alimentaire d'autres groupes humains (les Masai par exemple).


La marijuana peut être bénigne chez certains individus et provoquer des cas très dangereux de confusion et d'intoxication chez d'autres sujets. Il existe donc un facteur individuel de susceptibilité.

Physiquement il existe une différence chez le récepteur. Nous sommes tous différents, à savoir que, sans faire mention des différences au niveau psychologique, chacun d'entre nous possède une constellation différente de neurorécepteurs, des niveaux différents d'enzymes clés comme la monoamine oxydase, de grandes différences quant au métabolisme et à la capacité d'assimilation digestive. Ainsi, certaines personnes sont ivres dès la première gorgée, d'autres supportent des litres d'alcool.

D'autre part, nous constatons le phénomène de tolérance déterminé par la nécessité progressive d'augmenter la dose de la drogue consommée pour parvenir à retrouver le degré d'intensité de l'effet initial. Il s'agit d'un facteur qui conduit à une situation d'escalade de la consommation, avec des résultats désastreux. En ce sens, il convient de mentionner que dans la consommation rituelle de l'Ayahuasca, on a pu observer un phénomène de tolérance inverse où le guérisseur et le pratiquant habituel nécessitent des doses de plus en plus réduites pour parvenir aux effets visionnaires.

Ainsi, nous pouvons conclure qu'il existe de multiples facteurs qui conditionnent le phénomène de la dépendance dégénérative à une substance psychoactive et nous serions dans l'erreur si nous condamnions toute substance psychoactive sans analyser le contexte de son utilisation, la toxicité, la dose, le degré de tolérance, le facteur de dépendance, les résultats de son utilisation préalable dans la société, etc.

Malheureusement il existe deux postures quant à la légalité des substances psychoactives. Une posture est favorable à l'interdiction totale de toutes les substances, quelles qu'elles soient, qui modifient la psyché, en prenant le risque de menacer la liberté individuelle, de dévitaliser et de nier les pratiques de cultures autochtones, et finalement de favoriser le trafic de drogues.

L'autre posture est favorable à la levée de toute restriction, niant ainsi le danger de la consommation compulsive, et déresponsabilisant l'individu face à la communauté.

QU'EST-CE QUI NOUS CONDUIT À LA DÉPENDANCE ?

La question clé est : qu'est-ce qui pousse l'être humain à chercher à modifier son état de conscience au moyen d'une substance psychoactive ? Pourquoi existe t'il une différence entre une personne qui consomme un psychotrope dans un contexte religieux, curatif ou thérapeutique, et une autre qui le consomme dans un contexte d'évasion, de jeu ? Pourquoi le premier se sent-il plus sain et équilibré, et l'autre plus dégénéré ?

On trouve la dépendance dans un milieu social qui semble ne pas apporter de réponse satisfaisante à ses inquiétudes spirituelles existentielles. Il ressent un profond vide intérieur et ne trouve pas de sens à son existence.

En se confrontant à un état altéré de conscience obtenu au moyen d'une substance psychoactive, il se voit immergé dans un monde de perceptions fascinantes et, ne pouvant dominer son attraction fondamentale, il recommence à consommer de la drogue, tentant ainsi un retour à la fascination placentaire, fuyant un monde d'insatisfaction, problèmes et angoisses rationnelles, se trouvant piégé dans un contexte de fuite de tout ce qui constitue sa réalité.

Ensuite, il perd le fil conducteur de son existence jusqu'à ce que sa conscience se retrouve prise dans un présent continu dans lequel n'existe plus de possibilité de projet, où finalement la seule chose qui compte est la consommation compulsive.

En général, les compulsions sont dirigées vers certaines substances ayant un certain potentiel abrutissant. On ne connaît pas de comportements compulsifs envers les champignons psylocibes, le peyote, le San Pedro ou l'Ayahuasca, tous étant des psychotropes à caractère enthéogène.

Le terme enthéogène trouve son origine dans la racine grecque "theus" et signifie "dieu parmi nous". Il est important de ne pas utiliser le mot "hallucinogène" quand nous faisons référence à l'usage ancestral d'un psychotrope, car ce mot a été chargé d'un contenu négatif.

Selon le contexte de son utilisation et la substance utilisée, il existe des états induits qui nous conduisent vers une orientation externe de la conscience à caractère ludico-récréatif, et d'autres qui activent un état dans lequel l'esprit se voit lui-même, générant ainsi une auto-représentation.

Alors, pour éliminer ce vide existentiel que l'on essaie de compenser par la consommation compulsive en dirigeant la conscience vers l'extérieur, le toxicomane doit être capable de s'auto-observer.

L'auto-observation se produit de différentes manières, au moyen de l'induction à des états de conscience dirigés vers l'intérieur tels que les états méditatifs obtenus dans différentes pratiques orientales, par le biais de la psychologie analytique, l'analyse des rêves, les techniques gestaltiques et au moyen de l'altération, par utilisation d'un puissant enthéogène ou plante psychotrope.

Le témoignage d'un patient du centre de Réhabilitation Takiwasi est parfait pour comprendre cette position : " L'héroïne altère ta perception, elle te laisse penser que tout est bien. L'information à laquelle tu accèdes ne t'est pas utile car tu n'en fais rien, seul existe le processus de fuite par le biais de la drogue et de l'autodestruction. Avec l'Ayahuasca, la plante modifie ta perception, te montre quelque chose que tu peux utiliser dans ta propre vie pour t'aider à grandir et pas pour te détruire. " (Article autobiographique publié sur Internet (actuellement retiré du serveur qui l'a publié))

L'AYAHUASCA COMME TRAITEMENT DE LA DÉPENDANCE

L'Ayahuasca défie le toxicomane de se confronter à une véritable initiation qui lui permettra d'intégrer, de réordonner et de métaboliser son univers intérieur, parvenant ainsi à un ressenti profond de sa propre vie.

Si nous comprenons que la toxicomanie porte au fond une aspiration à une authentique vie spirituelle, à trouver un sens profond à la vie, alors la thérapie qui prétend la transformer doit prendre en considération la dimension spirituelle car, dans le cas contraire, on ne parviendra pas au nœud du problème. Malheureusement, de nombreuses thérapies modernes se contentent de désintoxiquer le corps physique et travaillent la dimension spirituelle de l'extérieur, en agissant sur le plan mental.

Actuellement il existe à travers le monde diverses thérapies destinées à soigner les dépendances contemporaines, lesquelles ont recours aux plantes psychotropes comme fondement de leur traitement basé sur l'induction contrôlée des états de conscience.

  • En Argentine, le Centre Ayllu, dirigé par le psychologue Sacha Doménech a démontré des résultats très proches du traitement des toxicomanies utilisant l'ancestral cactus Wachuma (San Pedro).
  • Le Centre Takiwasi de la ville de Tarapoto, dirigé par le Dr. Jacques Mabit se propose de traiter les toxicomanes à la pâte basique de cocaïne, en associant psychologie contemporaine et connaissance chamanique amazonienne, et en réunissant des thérapeutes modernes et des autochtones dans les rituels de guérison de l'Ayahuasca.
  • En Thaïlande, dans le monastère bouddhiste de Tham Krabok, depuis plus de 30 ans, les moines-guérisseurs traitent les héroïnomanes. Les résultats sont impressionnants (plus de 70.000 cas en 30 ans). (" Dépendance et Chamanisme bouddhiste : le monastère des grottes du Bambou ", Jacques Mabit. Revue TAKIWASI, N°2, Tarapoto 1994)

Ces thérapies qui ont recours à des plantes psychotropes dans un contexte rituel contrôlé induisent chez le patient des états alternés de conscience qui permettent l'auto-exploration de son univers intérieur. La dissolution temporaire de la censure rationnelle permet l'accès direct aux strates profondes de l'inconscient. Ceci produit le jaillissement de souvenirs réprimés, de traumatismes oubliés et de mémoires anciennes qui reviennent à la surface.

Ces plantes maîtresses possèdent un haut niveau vibratoire qui produit un effet catalyseur, lequel permet de désenchaîner certains processus latents qui se trouvaient paralysés à l'intérieur du patient. Dans le même temps, le patient expérimente une augmentation de la production onirique, produisant des rêves plus fréquents et intenses, plus nets et dont il se souvient plus aisément.

Durant le processus, le patient expérimente des états cathartiques, parfois accompagnés de vomissements intenses et de profonds sanglots dont la fonction consiste à démanteler et à purifier le niveau émotionnel. Ceci se présente dans certains cas comme une étape nécessaire pour parvenir à s'ouvrir et permettre l'épanouissement du niveau spirituel.

Selon les dires de Sacha Domenech, psychologue directeur du Centre Ayllu, " …le fort potentiel vibratoire de ces 'plantes maîtresses ' parvient jusqu'à des endroits reculés qu'il est le plus souvent bien difficile d'atteindre par le biais des méthodes thérapeutiques conventionnelles. Les plantes nous aident à adapter le corps aux processus internes. La question purement évocatrice et rationnelle n'aide pas à provoquer les changements, en revanche lorsque l'on confronte le corps à la purge, il est possible de métaboliser des situations et des circonstances, et la transformation ne peut venir que de là. " (" Traitement, au moyen de plantes maîtresses, de troubles de l'immunodéficience ", Sacha Doménech - psychologue argentin. Article non publié.)

Avantages sur les méthodes conventionnelles

Dans les thérapies conventionnelles, on ne reconnaît pas à la dépendance la valeur de sa propre quête spirituelle à travers la modification des états de conscience. Ceci crée un vide chez le toxicomane, lequel sent que le thérapeute ne parvient pas, au fond, à découvrir la valeur de sa quête. En revanche, la thérapie basée sur l'induction contrôlée d'états modifiés de conscience crée chez le toxicomane une grande confiance dans le traitement qui ne lui refuse pas la reconnaissance de sa propre quête, mais au contraire lui offre une perspective totalement nouvelle d'expériences canalisées, constructives et enrichissantes reconnaissant la dimension sacrée et transcendantale de l'expérience.

En général, le toxicomane conserve une sensation de supériorité sur le thérapeute quant à l'audace de l'auto-exploration de son monde intérieur par le biais d'une altération induite de la conscience. Il importe peu de savoir si celle-ci était erronée ou si elle l'a conduit à l'auto-destruction, il sent qu'il a eu le courage de le faire et en revanche, le thérapeute demeure protégé à l'intérieur de concepts rationnels et de théories basées sur son expérience académique.

En revanche, la confiance que le toxicomane peut ressentir envers le thérapeute augmente énormément lorsqu'il sent que celui-ci voyage à ses côtés, l'accompagne dans les sessions en prenant lui-même la potion, en le guidant de l'intérieur et en explorant ensemble cet univers qui va au-delà du rationnel.

Enfin, dans le cadre de la thérapie par des plantes psychotropes, le toxicomane devient acteur de sa propre guérison car il découvre par lui-même où s'est produite la cassure et il trouve auprès de son propre " maître intérieur " la voie conduisant à la guérison. Le thérapeute demeure dans un rôle d'accompagnateur, de protecteur, de frère aîné créant les conditions adéquates pour offrir au patient un espace sûr pour son travail évolutif.

Traitement traditionnel du " Syndrome du manque "

Dans le contexte de soins de la forêt du nord du Pérou, il existe une pratique rituelle utilisée pour soigner le syndrome du manque chez des patients victimes de la dépendance à la pâte basique de cocaïne ou autres toxicomanies. Le traitement fut adopté par le centre de Réhabilitation des toxicomanies de Tarapoto-Takiwasi, dirigé par le docteur Jacques Mabit.

Le traitement consiste à ingérer de la sève d'une plante dénommée Yawar Panga qui a des effets émétiques très puissants, destinés à opérer une purification profonde de l'organisme des participants. Cette plante s'avère très utile dans le traitement de tout type d'intoxication, particulièrement dans la première phase du traitement de la dépendance aux drogues.

" Le nom de Yawar Panga est constitué de deux mots quechua qui signifient feuille de sang et la plante s'appelle ainsi parce qu'en coupant la feuille, celle-ci répand un liquide rouge. A Loreto, on l'appelle également Shihuango Sacha. La Yawar Panga est une plante grimpante qui appartient à la famille des cucurbitacées ; on extrait le jus de ces plantes pour le donner à boire frais, sans autre préparation, aux patients. " (" Cérémonie rituelle de la Yawar Panga ", Rony Rengifo Yon - Thérapeute du Centre Takiwasi, Tarapoto. Article non publié.)

Le patient ingère une seule cuillère de la sève de cette plante et passe par une transe de vomissements qui peut durer jusqu'à trois heures. Pendant cette phase, le patient doit absorber beaucoup d'eau afin que l'effet émétique se produise dans les meilleures conditions. Pendant cette phase, il passe par des sensations de grande chaleur et ensuite de grand froid, tremblements, nausées et palpitations, et peut vomir jusqu'à 6 litres d'eau. Après cette transe, il s'en va dormir, épuisé, et demeure sans manger jusqu'au lendemain.

Le lendemain matin il se réveille avec une lucidité et une sensation de bien-être qu'il n'a pas connues depuis bien longtemps. L'anxiété, la mauvaise humeur, l'angoisse et le mal-être physique disparaissent et il se sent très bien. Les patients font preuve d'une grande clarté dans leurs idées et d'une lucidité mentale, ils ont la mine reposée et détendue. Le soulagement est si palpable qu'il renforce la motivation du sujet à aller de l'avant.

Malgré son caractère spectaculaire, le vomissement n'est pas douloureux et survient naturellement. Au terme de la cérémonie des mesures sont prises pour interrompre l'effet vomitif s'il ne survient pas naturellement. Une forme très simple consiste à administrer un peu de thé à la cannelle avec du sucre. Le sucre coupe l'action des plantes dépuratives et particulièrement des plantes à goût amer.

" Ce traitement permet tout spécialement de désactiver chez le toxicomane le syndrome du manque, tant dans ses effets physiques que psychiques (spécialement l'angoisse) " (" La Yawar Panga ", Julio Arce Hidalgo - guérisseur. Article non publié.)

Cette sensation de bien-être peut durer de 24 à 36 heures, jusqu'à ce que le syndrome du manque produise à nouveau, à un degré moindre, ses effets angoissants qui conduisent le patient, dans de nombreux cas, à demander volontairement une nouvelle session de Yawar Panga.

Au cours de la première semaine, près de 3 sessions de Yawar Panga sont administrées, grâce auxquelles l'on parvient à vaincre totalement le manque d'une manière naturelle. Il s'agit en fait d'une purification nécessaire et parfois difficile, mais au bout du compte tellement appréciée par les patients que nombre d'entre eux, quand ils passent par une crise ou se sentent mal, sollicitent spontanément une session.

" Au niveau psychologique, le vomissement suppose une ouverture volontaire du sujet pour 'rendre' et le fait d'accepter d'affronter 'le mal' qui est en lui. A la différence de l'évacuation anale liée à des connotions sadiques et dominatrices, l'élimination orale suppose humilité, soumission et confiance envers le thérapeute. En soi, elle indique et manifeste le désir de 'baisser la tête' et de se libérer des 'petits démons ' que chacun a en soi. Le patient décide de 'rendre ' ce qui n'a pas été correctement ingéré, les aliments physiques, mentaux et spirituels qu'il a avalés sans avoir la capacité de les digérer, de les métaboliser. Avec la purification de la bouche, c'est le verbe qui se purifie, la parole et par conséquent les pensées. " (" Cérémonie rituelle de la Yawar Panga ", Rony Rengifo Yon.)

Il convient de préciser que l'utilisation de la Yawar Panga n'est pas seulement destinée aux patients toxicomanes mais, du fait de ses propriétés émétiques, elle devient un excellent moyen de purification, utilisé pour se purger d'une consommation excessive d'alcool, après avoir assimilé de nombreux médicaments durant un traitement pharmacologique conventionnel, après une phase de stress intense ou une période de fêtes où l'on a consommé trop d'aliments lourds

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