LA
SESSION RITUELLE
Les sessions rituelles d'Ayahuasca sont dirigées
par le maître guérisseur ou maître " ayahuasquero
". Le guérisseur offre généralement l'Ayahuasca
aux patients lors de sessions nocturnes réalisées
en moyenne deux ou trois fois par semaine. Habituellement, les sessions
ont lieu de préférence le mardi et le vendredi.
Préparation préalable à
la session
Le cadre rituel de la consommation d'Ayahuasca débute
au cours des journées précédant la cérémonie,
journées durant lesquelles le participant doit prendre soin
de son alimentation, en s'adaptant à une diète spécifique
qui tient lieu de préparation à la prise de l'Ayahuasca.
Il est recommandé aux participants de ne
rien manger après le déjeuner précédant
la session, afin de faciliter l'ivresse et réduire les nausées.
On ne demande généralement pas aux
habitants de la région de se plier à des conditions
particulières de préparation pour la session. En revanche,
on impose à ceux qui font leurs premiers pas sur la voie
des médecines traditionnelles, des conditions très
strictes comme l'isolement dans la forêt, une diète
sévère, le jeûne, l'absence de contact avec
le feu, l'abstinence sexuelle, l'exclusion totale d'aliments comme
le piment, le sel, le sucre, la charcuterie, etc.
Dans toute l'Amazonie, la règle de l'abstinence
sexuelle avant la session a toujours été de mise.
En prononçant ces paroles " tu vas te priver de femme
", les guérisseurs se réfèrent à
une totale abstinence de relations sexuelles, quelles qu'elles soient,
durant les jours qui précèdent la session.
La plupart des gens ne manifestent pas le désir
d'effectuer un processus initiatique ; ils veulent simplement expérimenter
un vécu " différent ", accéder à
une connaissance de soi, ou résoudre un problème de
santé ou une question existentielle. Pour ces patients, les
jeûnes ou les diètes sont extrêmement réduits,
les risques ou dangers quasiment nuls, et les conditions de participation
très ouvertes.
Les sujets peuvent participer aux sessions à
partir de l'adolescence et dans les groupes ethniques amazoniens,
certains enfants participent dès l'âge de 7 ou 8 ans.
Début de la session
La session commence généralement aux
alentours de 21 h. Les participants s'assoient sur des coussins,
par terre, contre le mur autour de la pièce.
Le guérisseur débute la session en
allumant une cigarette de tabac fort - " mapacho " - avec
laquelle il réalise un court rituel de purification et de
protection du lieu et de son propre corps. Ensuite, il souffle la
fumée du mapacho à l'intérieur du récipient
qui contient l'Ayahuasca et mélange la fumée avec
le breuvage, en secouant le flacon.
Ce petit rituel de purification n'a pas pour objectif
d'impressionner ni d'influencer les participants, bien au contraire
il s'agit de manifester un respect envers l'aspect sacré
auquel il va donner accès ; il représente un langage
par l'intermédiaire duquel on demande aide et protection
à cet autre monde sacré.
La posture du participant joue un rôle important durant le
contrôle de l'ivresse, qui sera en quelque sorte plus "
maniable " si la personne se maintient bien assise, avec le
dos droit et la tête redressée. De la même façon,
il est plus probable qu'il se sente perturbé et hors de contrôle
s'il a tendance à se pencher durant le pic de l'ivresse.
Maintenir le silence est important car durant la
session, les sens sont en général extrêmement
sensibles. Il est également important de maintenir l'obscurité
afin de pouvoir faciliter le maniement des visions.
Prise de la médecine
Aussitôt après, le guérisseur
appelle chaque participant et lui sert une dose qu'il calcule instinctivement
en fonction de la constitution physique du participant, de la nature
et de la gravité de sa maladie, ou du motif qui le conduit
à prendre l'Ayahuasca, et finalement, en fonction de la "
puissance " de la purge. Une fois que tous les participants
ont bu la dose d'Ayahuasca, il prend à son tour la dose adéquate.
Le guérisseur accompagne toujours le patient dans son ivresse.
Les premiers effets sont perçus dans un délai
qui diffère selon les sujets et les sessions, mais généralement
ils apparaissent au bout de 20 à 40 minutes, et durent en
moyenne 3 heures.
Quand le niveau d'ivresse est faible, ou quand un
individu ne " démarre " pas, le maître peut
intervenir pour augmenter l'ivresse.
Au bout d'un certain délai, que le guérisseur
considère comme raisonnable, il demande généralement
si l'un des participants n'est pas encore entré dans l'ivresse,
et il leur propose de prendre une seconde dose. L'ivresse est relativement
évidente, et si l'on a des doutes quant au fait que l'on
se trouve ou pas sous son influence, alors le plus problable est
que l'on ne s'y trouve pas encore, ou que la dose a été
insuffisante.
Comportement durant la session
Au cours de la session rituelle d'Ayahuasca, les
participants doivent respecter un certain code de bonne conduite
afin de garantir, dans une certaine mesure, le déroulement
correct de la cérémonie. Ces comportements sont :
Si possible demeurer assis. La posture physique
reflète, d'une certaine manière, l'attitude spirituelle
avec laquelle nous recevons la médecine. Une posture de laisser-aller
ou d'écroulement implique une attitude manquant de fermeté.
En revanche, une position assise avec la tête relevée
implique une bonne attitude. Dans les systèmes orientaux,
on retrouve la même implication lors de la pratique de la
méditation en position assise. En outre, il est plus facile
de parvenir à contrôler les effets en étant
assis que lorsqu'on est étendu, position dans laquelle nous
pouvons ressentir une grande confusion.
Il est important d'observer, durant toute la session,
un silence total, éviter de parler car l'expérience
est en grande partie individuelle et intérieure. En effet,
nous pouvons perturber énormément les autres participants
si nous nous mettons à parler. De la même façon,
nous devons éviter à tout prix de produire des sons
avec les mains ou les pieds, car sous l'influence de l'Ayahuasca,
les sens sont poussés à des niveaux de sensibilité
très puissants. Ainsi, si nous produisons des sons dérangeants
ou répétitifs, nous pouvons perturber les autres participants.
Fumer du tabac (mapacho) durant la session,
augmente généralement les effets de l'ivresse, et
ceci doit faire l'objet de beaucoup de précautions de la
part des nouveaux participants.
Effet émétique
Pendant le déroulement de l'ivresse il peut
arriver que le participant soit saisi d'une brusque envie de vomir.
Cela peut créer un rejet préalable vis-à-vis
de l'expérience de la part des novices, mais il faut comprendre
que le concept de vomissement expérimenté au cours
d'une session d'Ayahuasca est très différent du concept
traditionnel, car le vomissement n'est pas accompagné du
malaise que l'on ressent après avoir mangé quelque
chose qui nous a intoxiqué au niveau de l'estomac, ou après
avoir bu outre mesure. Ici au contraire, les effets émétiques
(diarrhées et vomissements) sont accompagnés de contenus
psychologiques. La personne vomit des émotions et des blocages
psychologiques, lesquels sortent avec facilité.
Les effets émétiques de l'Ayahuasca
constituent une partie importante de l'expérience curative.
Pour les patients, l'acte de vomir est une expérience puissante,
car l'acte d'expulsion physique s'accompagne d'une reconnaissance
consciente de contenus psycho-émotionnels. Ceux-ci peuvent
être des événements négatifs, des émotions
ou des attitudes. Dans l'imagerie interne du sujet, cet acte peut
parvenir à prendre une forme symbolique, la sensation par
exemple qu'il vomit des objets ou des animaux.
De façon cognitive et émotionnelle,
le patient, par exemple, expérimente le fait de laisser sortir
une faute sous la forme d'un papillon, parvenant même à
sentir qu'il vomit le sentiment sous une forme physique. Ces manifestations
inconstantes et irrégulières s'atténuent avec
le temps et l'ingestion répétée, et surtout
avec les diètes et les jeûnes de désintoxication.
" Le vomissement provoqué, en tant
que faisant partie d'une purification rituelle, purifie non seulement
le corps mais aussi le mental ; il expurge et associe à ce
processus quelque chose que nous rejetons comme spirituellement
douloureux, en matérialisant son expulsion ; il suppose d'expulser
en même temps les blocages physiques et mentaux, l'image que
nous avons de nous-mêmes, et de donner de nous-mêmes,
du plus intime, de nos entrailles, d'accepter que nous soyons aussi
matière et pas seulement esprit… " ("
Materia :El ikaro de la M ", Rosa Giove. Revue Takiwasi N°4,
1996, Tarapoto)
Vomir au cours d'une session rituelle d'Ayahuasca
s'accompagne d'un aspect énergétique. Cela implique
" expulser " ce qui est en excès, ce qui nous fait
mal, ce qui ne nous appartient pas ou que nous avons pris par erreur.
Cela peut être associé à des souvenirs, des
émotions et des visions de faits personnels, et cela constitue,
dans tous les cas, une expérience libératrice.
Clôture de la session
Après l'expérience d'ouverture et
de visions de la session, les effets commencent à refluer
et la session se prolonge encore quelques heures durant lesquelles
les participants demeurent dans un silence collectif profond et
pacifique, qui permet à chacun de se concentrer sur la contemplation
de son univers intérieur. Au fur et à mesure qu'ils
s'extraient de l'expérience, apparaît la fatigue résultant
du fait que l'on n'a pas dormi de la nuit.
La plupart du temps, le participant expérimente
une sorte d'incapacité à trouver les mots pour décrire
l'état atteint durant l'expérience. Les participants
discutent de l'expérience mais sentent bien que les mots
ne parviennent pas à décrire la profondeur de l'ouverture.
Et encore, ils sentent que les personnes qui ont participé
à la session comprennent ce qu'ils s'efforcent de décrire,
et qu'ils sont confrontés à la même difficulté.
A la fin de la session, il est conseillé
au participant de ne pas ingérer d'aliments jusqu'au petit-déjeuner
du lendemain.
L'IVRESSE
Les guérisseurs emploient généralement
le mot " ivresse " pour définir l'état mental
particulier qui s'installe lorsqu'apparaissent les effets de l'Ayahuasca
dans l'organisme. Ce mot recouvre deux notions : ébriété
et visions.
Le terme " ivresse " (mareacion) évoque
la sensation de vertiges semblables à ceux que l'on ressent
lorsque survient l'ébriété, fréquemment
perçus comme des vagues successives qui vont en augmentant,
atteignant un apogée, puis allant décroissant selon
un certain rythme, tel un reflux marin.
Influences énergétiques
Les facteurs environnementaux comme les bruits,
la luminosité, le degré d'isolement, sont susceptibles
de modifier potentiellement les états de conscience d'un
sujet sous influence de l'Ayahuasca.
Il existe une influence réciproque évidente
entre les participants, laquelle se manifeste durant la session
par des échanges subtils " d'énergies ".
Sans perdre le sens de l'individualité, le participant influe
et reçoit des influences de ses compagnons.
Ces énergies émanent de chaque participant
et possèdent " qualité énergétique
" caractéristique, laquelle se propage dans l'atmosphère
et trouve des " entrées " plus spécifiques
chez d'autres sujets, d'une certaine " qualité énergétique
" particulière. Autrement dit, l'influence passe avec
davantage de facilité entre sujets qui dégagent un
même niveau de vibration énergétique.
Il existe également une variable d'influence
du fait de la proximité physique. Quant un participant expurge
une énergie négative, celle-ci peut influencer notoirement
son voisin le plus proche. Il n'est pas rare qu'un participant en
fasse vomir un autre du fait d'une influence insupportable. Ces
influences peuvent également se produire du fait d'une proximité
émotionnelle.
Il convient de noter que ces influences n'ont pas
forcément un caractère négatif, car un participant
qui est en train d'expérimenter un état extatique
d'amour compassionnel, influe notoirement sur la qualité
générale de la session en élevant le niveau
de la vibration générale.
Une même énergie peut être perçue
et métabolisée différemment par les divers
participants. L'un pourra avoir une vision, tandis qu'un autre aura
une réaction physique, par exemple un tremblement dans le
corps.
Ces manifestations peuvent être très
facilement perçues par le guérisseur qui, parfois,
replace un participant pour équilibrer l'énergie qui
circule dans la pièce. En ce sens, le guérisseur est
l'animateur du jeu et c'est à lui que revient la tâche
de remettre chacun à sa place et d'éviter les interférences
dommageables.
Ainsi, nous pouvons affirmer que toute l'expérience
de l'Ayahuasca tourne autour de mouvements énergétiques
subtils, dans le cadre d'un maniement semi-contrôlé
de la part du guérisseur, influencés par les participants
eux-mêmes et le milieu ambiant. Chaque individu peut expérimenter
le caractère collectif de " l'ivresse " et des
interactions très étroites qui se produisent entre
les participants.
Les visions
Si l'on recherche la définition du mot "
hallucination " dans le dictionnaire, voici ce que l'on trouve
: " erreur ou tromperie de notre imagination, produite par
de fausses apparences. "
Selon la définition qui précède,
on ne qualifiera pas d'hallucination une vision qui permet au sujet
de mieux maîtriser son univers intérieur. Il nous semble
plus approprié de parler de " visions " et de "
voir " pour désigner les perceptions mentales expérimentées
durant l'ivresse, recouvrant ainsi non seulement l'imagerie mentale,
mais également les perceptions attribuées aux autres
sens.
Il est important de souligner que les visions peuvent
être différenciées de la simple hallucination
pour diverses raisons : la transe a une cohérence interne,
il n'y a pas de perte des relations spatio-temporelles, ni perte
de la conscience. Les visions peuvent être superficielles
ou très profondes, parvenant à faire entrer le sujet
dans un monde constitué par sa propre capacité à
" voir ".
Les visions qui interviennent durant l'expérience
de l'Ayahuasca sont de la même nature que les visions intervenant
pendant les rêves, c'est-à-dire qu'il est indispensable
de garder les yeux fermés ou d'être dans une atmosphère
obscure pour pouvoir avoir des visions. Il convient de signaler
qu'avoir des visions n'est pas forcément le but de l'expérience,
ni la manière de mesurer l'efficacité de cette dernière.
Il arrive très souvent que l'on n'ait aucune vision durant
la session, pourtant on peut avoir une expérience d'élargissement
de la conscience extrêmement révélatrice.
Les visions diffèrent beaucoup d'un sujet
à un autre, certains trouvent dans leurs visions des significations
profondes et révélatrices, d'autres considèrent
qu'elles détournent de l'expérience directe d'élargissement
de la conscience, d'autres parviennent à comprendre le sens
de leurs visions plusieurs mois après avoir vécu l'expérience.
(Il est normal qu'après avoir recouvré
un état de conscience ordinaire, si l'on a expérimenté
des visions trop abstraites ou symboliques, celles-ci ne puissent
pas être intégrées immédiatement au niveau
conscient, et que plusieurs mois soient nécessaires avant
qu'elles ne livrent leur véritable signification.)
Quand on interroge la plupart des maîtres
" ayahuasqueros " d'Amazonie sur le contenu de leurs visions,
ils répondent de façon unanime : " essaie et
tu verras ce que c'est ! "
L'imprévisibilité de l'expérience
Nombreux sont les facteurs et les éléments
qui influent pendant le déroulement de l'expérience
de l'Ayahuasca et rendent impossible le fait de déterminer
le résultat de celle-ci. Parmi ces éléments,
on trouve la volonté du participant, le degré d'attente
- lequel influe de façon négative -, la confiance
dans l'expérience, la proximité d'un traumatisme psychologique,
l'engagement vis-à-vis du guérisseur, l'empathie avec
le groupe de participants, la dose, la qualité du breuvage,
l'expérience du guérisseur, etc.
Quel que soit le degré de préparation
ou d'évolution de celui qui prend l'Ayahuasca, l'expérience
est toujours imprévisible. Il est impossible de prévoir
la nature et la qualité de la session qui va se dérouler.
En d'autres termes, chaque session est une aventure, avec des résultats
surprenants et en contradiction avec l'idée que pouvaient
s'en faire au préalable les participants.
Dans le courant de la session, l'évolution
de l'ivresse est tout aussi imprévisible en règle
générale : l'ivresse peut être lente, s'accélérer
ou au contraire disparaître brusquement, ou bien peut apparaître
au moment où l'on s'y attend le moins.
La Session Rituelle
Au cours d'une même session, nous pouvons
observer des effets totalement différents chez les divers
participants, qui peuvent aller de l'absence totale d'effets à
une très forte ivresse.
Dans les différentes sessions, en utilisant
la même dose et le même breuvage, un même sujet
peut manifester une étonnante variation dans la qualité
et la puissance de son ivresse.
Malgré la puissance de la dose ou de la concentration
des préparations, il y a des sujets qui sont réfractaires
à l'Ayahuasca, qui ne peuvent jamais atteindre l'ivresse.
" La purge ne veut pas de toi " commente le guérisseur,
tout en faisant comprendre qu'il faut d'abord l'aimer pour que se
manifeste la réciprocité.
" L'un des facteurs déterminants
est la disposition psychosomatique du patient au moment de la session.
La situation émotionnelle et affective dans laquelle se trouve
le patient peut augmenter ou neutraliser les effets de l'Ayahuasca,
consciemment ou inconsciemment. " ("
Ayahuasca : approche contemporaine d'une thérapeutique ",
Dr. Jacques Mabit. Article non publié.)
Un facteur important qui influe de façon
positive, identifié dans l'auto-expérimentation et
l'observation, est l'importance du contexte dans l'approche de l'expérience,
laquelle doit apporter l'humble intention d'apprendre sans
avoir trop de préjugés et avec un grand respect pour
le cadre rituel et sacré auquel on va avoir accès.
D'autre part, un sujet qui a l'habitude de prendre
l'Ayahuasca n'est pas sûr de " voir " plus que son
voisin qui assiste pour la première fois à une session.
Il n'est pas sûr non plus de voir davantage que ce qu'il vit
lors d'une précédente session, car chaque session
est une expérience totalement nouvelle et indépendante.
La capacité thérapeutique ou visionnaire
acquise avec le temps ne se manifeste pas selon un ordre linéaire,
selon lequel chaque session représenterait un pas faisant
directement suite au précédent. Il existe un progrès,
mais sans logique de causalité linéaire. C'est comme
s'attaquer à un énorme casse-tête dont on rassemble
les pièces dispersées et que l'on ajuste progressivement
pour faire émerger l'image définitive.
L'élargissement de la conscience
Les effets psychoactifs induisent un état
modifié de conscience, laquelle se retrouve amplifiée,
permettant ainsi l'observation de contenus profonds qui lèvent,
d'une certaine manière, la censure sur l'inconscient humain.
"La conscience découvre l'auto-observation, dans
le sens du témoignage intérieur dont parlent les grandes
religions orientales." ("El peyote
y la ayahuasca en las nuevas religiones mistéricas americanas",
Dr. Josep Ma. Fericgla. Article publié sur Internet: http://www.pangea.org/fericgla/textos/iglesias_peyohuasca.htpm)
"Au niveau psycho-affectif spirituel
nous avons la sensation agréable de fusion avec la nature,
visions placentaires, souvenirs de contenus affectifs, élargissement
de la conscience, reconnexion avec la spiritualité et la
transcendance, etc." ("Descubriendo
la cuadratura del circulo, el ikaro de la 'A'", Rosa Giove.
Revue TAKIWASI N°5, Tarapoto 1997)
D'une manière générale, l'Ayahuasca
amplifie l'activité cérébrale et les perceptions
sensorielles. Le sujet ressent une accélération de
ses pensées et perçoit avec acuité le moindre
bruit ou la moindre lumière, d'où le besoin absolu
de silence et d'obscurité. En même temps, le sujet
perçoit un élargissement de sa conscience, une augmentation
des facultés discriminatives de son moi usuel, une amplification
ou transcendance de son ego.
L'expérience de l'Ayahuasca peut déboucher
sur la rencontre surprenante et extatique avec le " moi ",
l'identification d'un vrai " moi " non reconnu et apparemment
redécouvert.
Durant l'expérience de l'Ayahuasca, ce n'est
pas une dissolution ou une perte de la conscience qui se produit,
mais au contraire une modification de cette conscience. Le sujet
sait tout au long de la session qui il est, où il se trouve,
ce qu'il a pris, il répond à l'appel de son nom, et
ensuite il se souvient de ses principales visions.
Cependant, il est possible d'observer, chez des
personnes qui ne sont pas accoutumées à s'auto-observer
et des sujets immatures, des ivresses radicales : avant que le maître
n'intervienne, le sujet se " déconnecte " face
à l'intensité des visions. Il y a alors une dissolution
temporaire de la conscience : le sujet ne répond pas quand
on l'appelle par son nom, et ne se souvient pas de ce qu'il a vécu
durant la session. Quand la session est bien contrôlée,
l'ivresse a un niveau d'intensité acceptable.
Dans ce contexte, les " icaros " (chants
rituels) incessants du guérisseur prennent une importance
vitale, car ils constituent le lien avec l'énergie collective
de la session, permettant ainsi au sujet de garder une certaine
cohérence énergétique et de maintenir le contact
avec l'ici et le maintenant.
Autre caractéristique commune aux sessions
d'Ayahuasca : la sensation constante de raccourcissement du temps.
Le participant, à la fin de la session, a la sensation qu'elle
n'a duré qu'une fraction du temps chronologique écoulé.
Il arrive parfois que les participants sortent de
la session avec l'impression d'avoir revécu une grande partie
de leur vie dans les moindres détails et résolu des
problèmes complexes qui nécessiteraient en temps normal
des semaines de réflexion.
L'auto-acceptation
L'élargissement de la conscience entraîne
presque toujours une auto-acceptation de la réalité
du sujet, laquelle le conduit à une sensation de libération
intérieure. Il est caractéristique que des sujets
réticents à " voir " leurs aspects peu flatteurs,
acceptent brusquement comme réelles les visions claires de
leur médiocrité. Ces visions possèdent une
telle force qu'elles s'imposent comme indiscutables, et la disparition
des doutes quant à leur existence contribue à offrir
à l'individu un sentiment de paix, tout en lui présentant
la simplicité du changement comme une alternative possible.
Ces visions de son univers personnel ne se présentent
pas comme de vraies découvertes, mais " sont perçues
comme des révélations de quelque chose que l'on 'sait
déjà'. C'est une prise de conscience de véritables
subconscients, latents, qui se produit. Le sujet conclut en disant
'Au fond, je le savais déjà'. " ("
L'hallucination par Ayahuasca des guérisseurs de la Haute-Amazonie
péruvienne ", Jacques Mabit. Article non publié.)
Ce sentiment d'auto-acceptation peut être
précédé de manifestations physiques qui accompagnent
la vision : sanglots, cris, gestes de protection, etc. Les découvertes
sur soi sont souvent perçues comme des " révélations
" ou des " messages " d'origine indéterminée,
dont la force de conviction s'impose de manière incontestable,
et persistent (bien qu'atténuées) après le
retour à l'état normal, imprimant des changements
dans la psyché et dans le comportement du sujet.
Effets à long terme
A la fin de la session, le sujet se trouve fréquemment
plongé dans un sentiment collectif de relâchement,
de paix et de communion avec le groupe, et éprouve le besoin
de partager, d'une certaine manière, avec les autres ou avec
les êtres qui lui sont le plus proches. Il a la sensation
d'avoir vécu une expérience personnelle qui a atteint
son intimité au plus profond.
Ce vécu " trans-personnel " apporte
naturellement une confiance dans la relation que l'on entretient
avec soi-même et avec son prochain. A long terme, des changements
évidents interviennent dans le rythme de vie et la qualité
des relations avec les autres. Le sentiment de sécurité
augmente par rapport à l'intuition, la souplesse et l'ouverture
vis-à-vis des changements, et on constate de façon
évidente une plus grande capacité d'expression affective.
Tout cela fait partie du résultat d'un processus de reconnexion
avec notre être profond, la nature, et la sensation de transcendance.
L'une des manifestations évidentes est la
sensation de pouvoir vivre des changements transcendentaux et de
prendre des décisions importantes qui étaient latents
depuis très longtemps, par exemple concernant l'orientation
professionnelle, des ruptures de relations, des changements de mode
de vie, etc. Cela est évident dans le cas de l'usage de l'Ayahuasca
comme moyen de traiter les toxicomanies.
Il faut signaler que la prise de conscience, c'est-à-dire
l'intégration mentale de l'expérience, n'est pas un
facteur indispensable à l'évolution de la psyché
du participant. L'effet purgatif au niveau psychologique se manifeste
même sans l'intégration intellectuelle de la part du
sujet. L'expérience est capable de modifier le caractère,
l'âme et la conduite du sujet même lorsque celui-ci
n'a pas identifié clairement le sens de ses visions. Cette
position demeure en complète contradiction avec la majorité
des psychothérapies académiques.
Enfin, il est essentiel de souligner que la
consommation de l'Ayahuasca ne suppose aucune dépendance,
quel que soit le sujet. Aucun état de dépendance physique
ou psychique n'a jamais été enregistré. Cette
donnée peut être considérée comme un
fait démontré puisqu'on ne le rencontre même
pas chez les maîtres " ayahuasqueros " de l'Amazonie
qui se livrent à des sessions 3 à 4 fois par semaine.
(Personnellement, l'auteur, après
avoir participé à des sessions à raison de
huit fois par mois, a interrompu son intervention durant plusieurs
mois sans être confronté au syndrome du manque).
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